Crise à l'est de la RDC : le gouvernement congolais et les rebelles du M23 dans une impasse sur la migration

Kinshasa, le 10 octobre 2025

Les autorités de la République démocratique du Congo et les rebelles du M23, qui contrôlent de vastes pans du territoire congolais, se retrouvent engagés dans une nouvelle impasse sur la délivrance des documents de migration.

Les visas et autres documents de voyage délivrés par les autorités de Kinshasa ne sont désormais plus valides dans les zones sous occupation rebelle.

L'organisation politico-militaire affirme appliquer le principe du « du tac au tac » suite à la décision de Kinshasa en février 2025 de ne pas reconnaître les documents administratifs délivrés par la Direction générale des migrations, une entité étatique dont le M23 a pris le contrôle et a commencé à administrer dans les zones sous son contrôle pour les zones sous son administration.

« Tout ressortissant étranger souhaitant accéder aux zones libérées doit être en possession d'un visa délivré par les autorités compétentes de l'AFC/M23 », note un projet confirmé à l'auteur par Oscar Balinda, porte-parole adjoint du mouvement rebelle.

Malgré les initiatives de paix en cours pour désamorcer le conflit dans l'est du Congo, ce bras de fer entre les rebelles du M23 et Kinshasa prouve que les parties belligérantes ne veulent pas déposer les armes, note Dieumerci Safari, un homme politique de l'opposition.

« Ces actes sont la preuve d'une gouvernance défaillante, chaque partie agissant dans son propre intérêt sans se soucier des conséquences dramatiques pour la population civile » dit-il.

Outre les terribles coûts économiques, humanitaires et sociaux que de nombreux Congolais paient en raison du conflit actuel, ils risquent de payer le double du prix des visas si une solution n'est pas trouvée, craint Muyisa Hangi, militant des droits de l'homme en RDC au sein du collectif Filimbi, un groupe de pression.

« On craint que les rebelles, devenus maîtres du terrain, ne s'approprient le pouvoir de délivrance des visas, ce qui pourrait conduire au démembrement de cette nation. Je crois que c'est aussi le résultat de la complicité du gouvernement de Kinshasa. dit M. Muyisa, qui reproche au gouvernement de la RDC d'avoir perdu le contrôle de l'est du pays.

Depuis début 2025, avec les conquêtes rapides des rebelles du M23 dans l’est du pays, Kinshasa interdit les documents de voyage délivrés par les rebelles.

Il est désormais difficile pour les populations de circuler librement entre les régions administrées par les rebelles et celles administrées par les autorités de Kinshasa.

De tous les pays à l'est de la RDC, seul le Burundi, allié clé de Kinshasa dans la guerre contre le M23/AFC, refuse d'accepter tout document délivré par l'administration rebelle.

Gentil Mulume, un habitant de Goma, accuse le gouvernement de Kinshasa d'être le « fossoyeur » de son propre peuple, alors qu'il est censé le défendre.

« Le gouvernement congolais est responsable de tout ce que nous vivons. Malheureusement, nous serons obligés de payer le double pour les documents de voyage », note-t-il.

Le ministre congolais de l'Information et de la Communication, Patrick Muyaya, estime que cette décision est une « perte de temps », sans donner plus de précisions.

Depuis janvier 2025, les rebelles du M23, soutenus selon les Nations Unies par le Rwanda, se sont emparés de Bukavu et Goma, deux grandes villes de l'est de la RDC.

Ils étendent désormais leur administration dans ces zones et continuent de conquérir de nouveaux territoires malgré l’accord de paix de Washington signé entre Kinshasa et Kigali le 27 juin 2025 et la Déclaration de principes de Doha signée entre le gouvernement congolais et le M23 le 19 juillet 2025.