Le football sud-africain se trouve à la croisée des chemins, familier et frustrant. Alors que les Bafana Bafana se préparent à lancer le mois prochain leur campagne de qualification pour la Coupe d'Afrique des Nations 2027 contre la Guinée et l'Érythrée, l'instance dirigeante chargée de diriger le football national est une fois de plus enlisée par l'inertie administrative, les disparités salariales raciales et les questions de responsabilité financière.
Une audition enflammée d'une commission parlementaire mardi a mis à nu le fossé entre le ministre des Sports, des Arts et de la Culture, Gayton McKenzie, et la Fédération sud-africaine de football (SAFA). La confrontation, marquée par des réponses évasives, des silences virtuels et l'absence du président de Safa, Danny Jordaan, s'est concentrée sur deux fronts critiques : l'échec de la mise en œuvre de la technologie de l'arbitre assistant vidéo (VAR) et les longues négociations contractuelles avec le nouvel entraîneur de l'équipe nationale, Pitso Mosimane.
Au cœur de la discussion parlementaire se trouvait une allocation départementale de 30 millions de rands destinée à accélérer la mise en œuvre du VAR dans le football national. Le délai étant dépassé et aucune technologie opérationnelle pour la nouvelle saison de la Premier Soccer League (PSL), McKenzie a officiellement exigé le remboursement intégral des fonds.
« J'ai été traîné dans les médias et il semble que la SAFA s'en fiche », a déclaré McKenzie au comité du portefeuille des sports, des arts et de la culture. « Nous avons écrit une lettre à SAFA, qui a été ignorée… Comment m'ignorer après avoir reçu mon argent ? J'ai ensuite écrit une lettre ultérieure dans laquelle je leur ai dit qu'ils devaient restituer les 30 millions de rands avec effet immédiat. »
La directrice générale de la SAFA, Lydia Monyepao, et sa délégation ont eu du mal à fournir des délais clairs ou des études de faisabilité pour le déploiement, ce qui a suscité de vives réprimandes de la part des législateurs. La députée de l'Alliance démocratique Leah Potgieter a remis en question le décaissement initial des fonds publics sans un plan de préparation concret conforme aux normes de la FIFA, tandis que les membres de la commission se sont opposés à la demande de la SAFA d'un délai de grâce de 21 jours pour répondre.
Alors que l'infrastructure manquante du VAR a suscité des critiques législatives, les négociations autour du successeur d'Hugo Broos ont déclenché un débat idéologique plus large. Bien que le Comité exécutif national de la SAFA ait approuvé la nomination de Mosimane le 8 août, la confirmation officielle reste bloquée sur les conditions de rémunération. Des informations selon lesquelles la SAFA aurait proposé au triple vainqueur de la Ligue des champions de la CAF des conditions nettement inférieures à celles de son prédécesseur belge ont déclenché une vive réaction de la part du ministre des Sports.
S'exprimant lors des South African Sport Awards 2026 à Sun City ce week-end, McKenzie a évoqué le contexte historique des disparités salariales en Afrique du Sud, insistant sur le fait qu'un entraîneur du pedigree continental de Mosimane ne doit pas être sous-évalué.
« Pitso Mosimane n'est pas un entraîneur de la Ligue ABC Motsepe. Soyons clairs sur cette question », a déclaré McKenzie. « Nous venons d'un pays où les Noirs étaient moins bien payés que les Blancs. Ces cicatrices n'ont pas guéri pour beaucoup de gens. Mais nous, en tant que Noirs, ne pouvons pas faire la même chose qui nous a été faite, où nous payons davantage l'homme blanc. »
Le palmarès de Mosimane, souligné par trois couronnes en Ligue des champions de la CAF lors de ses passages avec les Mamelodi Sundowns et Al Ahly, se classe parmi les plus décorés du continent. McKenzie a fait valoir que les négociations devraient commencer, au minimum, à parité avec le contrat précédent de Broos.
« Le moins qu'ils puissent faire est de le démarrer avec le même salaire qu'avec Hugo Broos », a ajouté McKenzie. « C'est comme si nous avions peur des Blancs, alors que nous les payons plus, mais quand il s'agit des Noirs, c'est une autre histoire. »
Le débat a atteint son point culminant au Parlement lorsque Monyepao a été expulsé de la séance par le président de la commission, Joseph McGluwa, après avoir refusé de divulguer les chiffres exacts derrière le paquet de Broos, invoquant des clauses de confidentialité.
Les différends financiers et contractuels aggravent une période mouvementée pour la logistique de l’équipe nationale. Au cours des travaux du comité, les dirigeants de la SAFA ont reconnu des problèmes récurrents, notamment des retards administratifs en matière de visa de voyage et des oublis opérationnels gérés auparavant par l'ancien chef d'équipe Vincent Tseka, dont l'erreur concernant le statut de suspension de Teboho Mokoena avait auparavant mis en péril la campagne de qualification des Bafana pour la Coupe du monde.
À l'approche des éliminatoires de la CAN dans le Groupe D en septembre, l'équipe nationale a besoin d'une stabilité tactique et d'un soutien administratif clair. La capacité de la SAFA à résoudre son conflit avec le camp de Mosimane et à rendre compte de ses engagements en matière de financement public déterminera si les Bafana Bafana entreront dans leur nouvelle ère sur des bases solides ou au milieu de troubles institutionnels familiers.