Le Canada renforce-t-il sa stratégie de « puissance moyenne » contre les États-Unis ?

L’Afrique et la connexion sud-africaine

L’Afrique est un autre élément important de cette stratégie.

Le Canada a annoncé sa Stratégie pour l’Afrique l’année dernière, signalant son intention d’approfondir les relations économiques et diplomatiques à travers le continent. L’Afrique du Sud joue un rôle particulièrement important dans cet effort.

Christoff a décrit l'Afrique du Sud comme le plus grand partenaire commercial du Canada en Afrique et a souligné les opportunités dans les domaines de l'exploitation minière, des minéraux essentiels, de l'énergie, de la technologie, de l'agriculture, de l'éducation et de l'innovation.

Les minéraux critiques sont particulièrement importants. Alors que la concurrence pour les ressources stratégiques s’intensifie, le Canada et l’Afrique du Sud possèdent des atouts complémentaires. Le Canada possède une expertise en matière de financement minier, de technologie, de géologie, d’ingénierie et de gouvernance, tandis que l’Afrique du Sud possède d’importantes ressources minérales et occupe une position stratégique au sein de l’économie africaine.

L’énergie est un autre domaine de coopération croissante, notamment le financement climatique, la transition énergétique et l’énergie nucléaire.

Cette relation reflète donc un effort canadien plus large visant à développer des partenariats dans des secteurs qui façonneront l'économie mondiale de l'avenir.

Le « moment de puissance moyenne »

L’élément le plus important de l’approche canadienne pourrait toutefois être sa flexibilité.

Christoff a fait référence au concept de « géométrie variable » pour décrire un modèle diplomatique dans lequel le Canada peut travailler avec différents pays sur différentes questions. Ottawa n'est pas obligé de se tenir aux côtés des mêmes partenaires sur chaque question. Elle peut coopérer avec un pays sur le commerce, un autre sur l’énergie et d’autres sur la sécurité, le climat ou la technologie.

Cela représente une rupture avec la politique d’alliance traditionnelle.

Le Canada ne cherche pas à créer un nouveau bloc contre les États-Unis. Il s’agit plutôt d’augmenter le nombre d’options qui s’offrent à lui.

C'est là que se situe le concept de Mcebisi Jonas d'un « moment de puissance moyenne » devient particulièrement pertinent.

Jonas soutient que les puissances moyennes ne peuvent pas déterminer elles-mêmes le système international de la même manière que les superpuissances. Cependant, ils peuvent établir des coalitions, créer de nouveaux partenariats, arbitrer des différends et influencer les règles internationales.

Pour les puissances moyennes, l’objectif n’est donc pas nécessairement de remplacer une puissance majeure par une autre, mais d’élargir leur propre autonomie stratégique.

Cette approche a des implications au-delà du Canada. L’Afrique du Sud, l’Inde et la Turquie, par exemple, ont toutes des intérêts et des capacités géopolitiques différents, mais chacune cherche à accroître son influence dans un système international de plus en plus façonné par la concurrence entre les grandes puissances.

Le défi est de savoir si ces pays peuvent coopérer sans devenir dépendants d’une autre grande puissance.

Un nouveau modèle d’autonomie stratégique ?

Les avantages du Canada comprennent des institutions solides, une capacité d'investissement, des ressources énergétiques et minérales essentielles, l'appartenance à des organisations telles que l'OTAN et le G7 et une longue tradition de diplomatie de puissance moyenne.

L’Afrique du Sud apporte différents atouts : sa position sur le continent africain, ses relations diplomatiques avec les pays du Sud et son rôle dans des plateformes telles que les BRICS et le G20.

Leurs intérêts ne sont pas identiques. Il n’est pas nécessaire non plus qu’ils le soient.

La question importante est de savoir si des pays dotés de capacités différentes peuvent utiliser les domaines d’intérêt commun pour élargir leur marge de manœuvre stratégique.

Pour le Canada, la réponse semble de plus en plus résider dans la diversification.

Les États-Unis resteront un partenaire indispensable, mais Ottawa semble reconnaître que le fait de trop s’appuyer sur une seule relation économique et sécuritaire crée des vulnérabilités. Les tensions commerciales avec Washington ont rendu ces vulnérabilités plus visibles.

L'engagement croissant du Canada en Afrique, en Europe, en Chine et en Inde ne doit donc pas être simplement interprété comme une tentative de bâtir une coalition antiaméricaine. Une interprétation plus juste serait qu’Ottawa cherche à redéfinir sa position dans un système international en évolution.

Sa stratégie n’est pas de « se séparer des États-Unis », mais de « ne pas dépendre des États-Unis ».

Et c’est peut-être là l’essence du moment émergent de puissance moyenne décrit par Jonas.

Alors que la concurrence entre les États-Unis et la Chine s’intensifie et que le système mondial devient de plus en plus fragmenté, l’influence des puissances moyennes pourrait dépendre moins de leur force individuelle que de leur capacité à construire des réseaux de coopération flexibles.

La question pour le Canada, l’Afrique du Sud, l’Inde, la Turquie et d’autres n’est donc pas de savoir s’ils peuvent devenir des superpuissances.

Il s’agit de savoir si elles peuvent devenir suffisamment connectées, résilientes et stratégiquement autonomes pour garantir que le futur ordre international soit façonné non seulement par les grandes puissances, mais aussi par les puissances moyennes désireuses et capables de travailler ensemble.

Türkmen Terzi est un journaliste étranger basé en Afrique du Sud. Il commente régulièrement la politique internationale sur diverses plateformes médiatiques. Terzi poursuit également son doctorat à l'Université de Johannesburg