Les objectifs d’adaptation au changement climatique n’ont aucun sens sans les moyens d’agir. Il est temps d’établir un objectif clair en matière de financement de l’adaptation.
2024 a été une autre année brutale pour l’Afrique en termes de changement climatique. De la Corne de l’Afrique au Mozambique, en passant par le Malawi et le Congo, le continent a été confronté à des températures record, à des inondations dévastatrices et à de graves sécheresses provoquées par El Niño. Alors que certaines parties de l'Afrique se réchauffent plus rapidement que la moyenne mondiale, chaque degré de réchauffement supplémentaire a des conséquences plus graves sur la production alimentaire du continent, la sécurité alimentaire, l'accès à l'eau, les moyens de subsistance et la mobilité de millions de personnes.
Pourtant, bien qu’elle soit l’une des régions du monde les plus touchées par le climat, l’Afrique ne reçoit que 20 % des flux financiers mondiaux pour l’adaptation. Plus troublant encore, la majeure partie de ce financement prend la forme de prêts. Cela ne fait qu’aggraver le surendettement des pays qui luttent pour faire face aux impacts climatiques en plus d’autres problèmes socio-économiques.
Comme le confirme le dernier rapport de l’Organisation météorologique mondiale (OMM), l’Afrique supporte un fardeau climatique de plus en plus lourd tout en étant confrontée à des coûts disproportionnés pour les mesures d’adaptation essentielles. L’un des principaux obstacles à l’action climatique est l’écart grandissant entre le financement de l’adaptation et les besoins. Le rapport 2023 Adaptation Gap du Programme des Nations Unies pour l'environnement estime ce déficit entre 194 et 366 milliards de dollars par an, les besoins d'adaptation des pays en développement étant désormais estimés à plus de 50 % de plus qu'on ne le pensait auparavant.
À l’échelle mondiale, les progrès en matière de planification, de mise en œuvre et de financement de l’adaptation ont largement stagné. Cette inaction accroît la vulnérabilité de ceux qui sont en première ligne face aux impacts climatiques. Pour beaucoup en Afrique, l’adaptation est la seule bouée de sauvetage.
Cela soulève une question cruciale : si le financement de l’adaptation est insuffisant et injuste, comment les pays peuvent-ils s’adapter efficacement ? Lorsque les gouvernements ne reçoivent pas de financement international et sont contraints de réaffecter les budgets nationaux pour couvrir les coûts climatiques, d'autres secteurs vitaux en souffrent. Suite aux inondations de 2023 en Libye, par exemple, 2 milliards de dinars (446,4 millions de dollars) ont dû être prélevés sur le budget national pour le Fonds de reconstruction des villes de Benghazi et de Derna afin de reconstruire les municipalités frappées par les inondations.
Alternativement, les pays peuvent s’endetter davantage pour financer des interventions visant à faire face aux catastrophes induites par le climat. Cela fait grimper l’inflation, rendant la vie quotidienne plus chère et insupportable pour le public. Au Kenya, près de 80 % des 3,51 millions de dollars de financement pour l’adaptation reçus entre 2000 et 2021 sont venus sous forme de prêts. La population du Kenya doit supporter les coûts d’une crise qu’elle n’a pas provoquée.
Démarrer l’adaptation à la COP29
Dans les négociations mondiales sur le climat, l'adaptation a toujours été éclipsée par l'objectif d'atténuation (c'est-à-dire la réduction des émissions climatiques). Ce déséquilibre persiste sans doute malgré l’accord sur l’objectif mondial d’adaptation (OGM) lors de la COP28, une victoire durement gagnée défendue depuis longtemps par le Groupe africain des négociateurs.
Le cadre définit 11 objectifs d’adaptation ambitieux qui seront opérationnalisés lors de la COP30 au Brésil. C'est un progrès. Cependant, les objectifs du GGA sont vagues, non quantifiés, et leurs moyens de mise en œuvre – tels que le financement, le transfert de technologie et le renforcement des capacités – manquent de soutien explicite.
Les négociations de la COP28 ont failli être au point mort en raison de différends sur la question de savoir si le soutien aux efforts d'adaptation devait être inclus dans le texte. Les pays en développement ont soutenu que oui, mais les pays développés ont déclaré que le financement de l'adaptation devrait être abordé dans le cadre de discussions plus larges sur le Nouvel objectif quantifié collectif sur le financement climatique (NCQG), l'objectif pour le financement climatique global qui sera convenu lors de la prochaine COP29.
Les pays riches ont prévalu. Cependant, lors des discussions du NCQG tout au long de 2024, le lien avec le GGA a été inexistant. Sans un soutien financier solide dans les discussions du GGA ou du NCQG, les cibles d’adaptation et les objectifs financiers risquent de ne devenir que de la rhétorique.
Alors que le monde se tourne vers la COP29, baptisée « The Finance COP », il est essentiel de combler le fossé entre les objectifs ambitieux d’adaptation et le soutien financier nécessaire pour les concrétiser. Ce lien devrait fonctionner à deux niveaux.
Premièrement, il doit aligner le financement de l’adaptation dans le cadre du NCQG sur l’évolution des besoins des pays en développement. À ce titre, il doit donner la priorité aux finances publiques et intégrer des engagements à la fois qualitatifs et quantitatifs. Le nouvel objectif de financement climatique devrait relier les objectifs de financement de l’adaptation aux objectifs d’adaptation définis dans le cadre du GGA. Il doit également reconnaître la nécessité de revoir périodiquement l’objectif à mesure que les besoins évoluent.
Deuxièmement, concernant le GGA, l'absence d'objectifs et d'indicateurs clairs concernant les moyens de mise en œuvre ne signifie pas qu'ils ne doivent pas être discutés. Bien au contraire. La COP29 offre une fenêtre d’opportunité pour inclure des indicateurs de moyens de mise en œuvre. Cela permettrait aux pays de quantifier avec précision leurs besoins d’adaptation et d’améliorer la probabilité d’atteindre les objectifs d’adaptation.
Le fait que la GGA existe témoigne du besoin urgent de mesures d’adaptation. Mais sans moyens de mise en œuvre, l’écart entre l’action et les besoins ne fera que se creuser, ce qui entraînera une aggravation des impacts climatiques et davantage de souffrances. L’idée selon laquelle nous pouvons progresser en matière d’adaptation sans un soutien financier et technique adéquat est une erreur dangereuse. Les pays développés doivent reconnaître que le financement, le transfert de technologie et le renforcement des capacités ne sont pas des ajouts facultatifs. Ils sont fondamentaux pour faire des objectifs d’adaptation une réalité.
Pour les communautés africaines de première ligne, financer l’adaptation est synonyme de survie. Cela signifie la vie.