L’Union africaine ne peut pas se permettre de négliger le système de santé africain

Leadership et gouvernance

Si la région veut atteindre son objectif de renforcer son système de santé, elle doit reconnaître la nécessité de dirigeants dévoués et prêts à mettre en œuvre des politiques de santé fondées sur des données probantes. Cela exigera des structures de gouvernance appropriées, garantissant que la responsabilité et la transparence ne soient pas affaiblies. Je suis fermement convaincu que le leadership et la gouvernance sont des ingrédients clés du renforcement de nos systèmes de santé. La farine est essentielle à la fabrication du gâteau, ce que le leadership et la gouvernance sont indispensables à la réussite d’un système.

Financement de la santé

En tant que région représentant environ 25 % de la charge mondiale de morbidité, on pourrait s’attendre à ce que les pays africains dépensent davantage en soins de santé. Toutefois, cela n’a pas été le cas. Lors du dialogue politique de haut niveau de la série de dialogues sur l’Afrique 2023, intitulé « Marché et échelle : débloquer l’industrialisation grâce au commerce intra-africain », le secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, a fait remarquer que l’Afrique dépense plus pour le service de la dette que pour les soins de santé. Le financement de la santé est donc étroitement lié à la souveraineté sanitaire.

Le sous-financement chronique des soins de santé risque de freiner les efforts du continent visant à renforcer les systèmes de santé. Plusieurs pays africains doivent élaborer des cadres et des feuilles de route clairs pour accroître les investissements dans leurs secteurs de santé respectifs. Je suis également d’accord avec les décideurs politiques qui affirment que la souveraineté sanitaire n’est pas seulement une préoccupation nationale mais aussi régionale. Des accords tels que la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) peuvent contribuer à renforcer le commerce intra-africain des produits et technologies de santé.

Parvenir à un financement durable de la santé nécessitera également des réformes politiques impulsées par les pays. Celles-ci pourraient inclure l’imposition de taxes sur les produits nocifs, comme l’Afrique du Sud l’a fait avec sa taxe sur les boissons sucrées. Cette mesure a contribué à réduire la consommation tout en générant des recettes publiques supplémentaires qui pourraient soutenir le secteur de la santé.

L’aide publique au développement (APD) joue depuis longtemps un rôle important dans le financement des objectifs de santé à travers le continent. Toutefois, cette aide a diminué ces dernières années. L’Afrique doit donc identifier d’autres sources de financement pour contribuer à combler le déficit budgétaire qui en résulte.

L’Afrique est riche en ressources naturelles mais n’a souvent pas réussi à en tirer pleinement parti, principalement en raison des flux financiers illicites et de la faiblesse des systèmes fiscaux. Relever ces défis permettrait aux pays africains de collecter et de conserver davantage de revenus, dont une partie pourrait être orientée vers le financement des soins de santé.

Recherche et innovation

La recherche et l’innovation restent des domaines dans lesquels la région reste à la traîne. L’Afrique doit investir davantage dans l’industrie manufacturière locale. Pendant la pandémie de COVID-19, nous avons été témoins d’une accumulation de vaccins à la vue de tous. Comme l’a noté Gavi, l’Alliance du Vaccin, lorsque la COVID-19 a frappé et que les exportateurs ont restreint les approvisionnements, les hôpitaux africains ont manqué de traitements essentiels. Cela a été un signal d’alarme, et le continent commence maintenant à réagir.

Une telle situation ne doit plus jamais se reproduire. Renforcer l’autonomie régionale contribuerait grandement à garantir la disponibilité des vaccins et des produits pharmaceutiques en temps de crise. Les établissements d’enseignement supérieur de la région doivent également développer la collaboration transfrontalière et les échanges de compétences. Cela apporterait une contribution significative à la recherche et à l’innovation dont le continent a un besoin urgent.

Ce ne sont là que quelques-unes des solutions qui nécessitent une attention particulière. Il en existe bien sûr bien d’autres, mais les contraintes d’espace ne permettent pas de les aborder toutes ici.

La Feuille de route de l’Union africaine à l’horizon 2030 et au-delà constitue un projet important pour le continent. Cela ne peut être négligé. Il doit être mis en œuvre, et cela nécessitera une action collective et des politiques de la part de tous les pays de la région. De même, la Déclaration d’Accra n’est pas qu’un simple morceau de papier. C’est un engagement par rapport auquel les générations futures nous jugeront.

L'Union africaine et ses États membres ne peuvent se permettre de négliger les systèmes de santé africains. Le coût d’une telle démarche se fera sentir pendant de nombreuses années et ni la génération actuelle ni celles qui suivront ne pourront se permettre d’en supporter les conséquences.

Le Dr Nthabiseng Makgana est le PDG de l'hôpital universitaire Chris Hani Baragwanath et écrit à titre personnel.