Lorsqu’un robinet se tarit, qu’une clinique est en rupture de stock de médicaments ou qu’un commissariat de police ne peut pas desservir la communauté qu’il doit protéger, cela peut ressembler à des problèmes opérationnels.
Mais très souvent, l’échec a commencé beaucoup plus tôt : il s’agissait de savoir qui avait été nommé pour diriger une institution publique, si cette personne était capable de faire le travail et si les fonctionnaires professionnels étaient ensuite autorisés à exercer leurs responsabilités sans pression ni ingérence politique inappropriée.
C’est pourquoi les deux présentations de la Commission de la fonction publique (CFP) au comité du portefeuille sur la fonction publique et l’administration cette semaine sont si importantes.
L'une portait sur le recrutement de hauts fonctionnaires tandis que l'autre traitait de la participation des fonctionnaires aux groupes d'étude des partis politiques et aux activités informelles connexes.
Ces problèmes peuvent ressembler à des problèmes distincts, mais ce n’est pas le cas. Ensemble, ils sont au cœur de la manière dont nous construisons l’administration publique professionnelle, compétente et impartiale qu’envisage notre Constitution.
Mais nous devons également être tout aussi clairs sur ce que cela ne signifie pas.
La note consultative du CPS sur la participation des fonctionnaires aux groupes d'étude des partis politiques et aux engagements informels connexes fournit des orientations aux départements, aux autorités exécutives, aux directeurs généraux, aux chefs de département et aux fonctionnaires concernant la participation aux groupes d'étude et aux engagements politiques similaires.
Le comité a demandé le document et une séance d'information à ce sujet en juin de cette année. La note cherche à clarifier
les implications juridiques, éthiques et de gouvernance qui peuvent survenir lorsque des fonctionnaires participent à des structures non autorisées qui échappent aux processus gouvernementaux et parlementaires formels.
Il stipule clairement que les fonctionnaires « ne doivent pas participer » à des engagements qui ne sont pas formellement autorisés, qui se déroulent en dehors des processus parlementaires ou exécutifs officiels, qui ne sont pas transparents ou institutionnellement responsables, qui fournissent un accès politique sélectif aux informations officielles, à un engagement ou qui semblent raisonnablement compromettre l'impartialité ou qui impliquent une stratégie politique ou une coordination au sein du caucus.
La note reconnaît que les fonctionnaires peuvent participer aux processus formels des commissions parlementaires, aux séances d'information exécutives légalement autorisées, aux forums intergouvernementaux et aux engagements institutionnels officiellement sanctionnés.
Cette distinction est fondée sur l'article 195 de la Constitution, qui prescrit certaines valeurs qu'une administration publique doit épouser, notamment le maintien d'un niveau élevé d'éthique professionnelle et d'impartialité.
Il n’y a rien de mal à ce que les partis politiques créent des groupes d’étude, mais la vraie question est de savoir si les fonctionnaires professionnels devraient participer à des engagements politiques partisans. La position de la CPS est claire : ces engagements ne devraient pas dépasser les limites fixées dans la note consultative.
Dans l'exercice de leurs fonctions, les fonctionnaires doivent traiter avec des ministres, des députés et d'autres responsables politiques. C'est ainsi que fonctionne le gouvernement. Les fonctionnaires donnent des conseils techniques, mettent en œuvre les politiques, informent les commissions parlementaires et rendent compte du travail des ministères.
Il ne s’agit pas d’empêcher cette interaction mais de veiller à ce qu’elle ait lieu à travers des structures autorisées et transparentes, notamment des commissions parlementaires, des réunions d’information autorisées avec les dirigeants, des forums intergouvernementaux et des engagements institutionnels officiellement sanctionnés. Les structures garantissent la responsabilité démocratique et le fonctionnaire professionnel.
Servir le gouvernement dûment élu par le peuple n’est pas la même chose que servir le parti politique.
Cette nuance est particulièrement importante lorsqu’on considère le potentiel d’abus de pouvoir dans des contextes informels au sein d’une réunion partisane.
Le fonctionnaire peut se retrouver parmi des personnalités politiques qui ont le pouvoir de prendre des décisions concernant leur embauche, voire leur licenciement.
Aucune menace explicite n'est nécessaire pour que l'environnement crée une pression, mais elle peut affecter les conseils qu'un fonctionnaire se sent capable de donner et saper la confiance dans l'impartialité de l'administration.
De plus, cela crée un avantage concurrentiel pour ce parti politique, auquel les autres partis n’auront pas accès.
Outre les opportunités politiques inégales d’accès à l’information, le CPS a identifié d’autres risques, notamment une surveillance parlementaire réduite, une divulgation non autorisée d’informations et, surtout, une perte de confiance du public dans la neutralité de l’administration publique.
L’érosion de la neutralité administrative nuit à la gouvernance démocratique.
Mais tracer une ligne autour des espaces politiques partisans ne résout que la moitié de l’équation.
Le Guide de bonnes pratiques de la CFP sur le recrutement des cadres est un rappel important que les processus de recrutement manipulés ont un impact au-delà de l'organigramme d'un ministère. C’est un prix qui est finalement payé par les Sud-Africains sous la forme de services publics médiocres, d’argent public gaspillé et d’infrastructures délabrées.
La professionnalisation de la fonction publique n’est donc pas seulement un exercice interne de ressources humaines mais un impératif de prestation de services ayant des implications concrètes.
C'est pourquoi les nominations des fonctionnaires doivent être fondées sur le mérite.
C'est pourquoi les processus de sélection doivent être équitables et pourquoi l'expertise technique doit jouer un rôle clé en permettant aux comités de recrutement d'identifier les candidats les plus aptes à mener à bien le mandat du gouvernement.
C'est ici que le groupe d'experts techniques proposé par la CFP pourrait apporter une contribution importante, ainsi que le recrutement électronique et l'amélioration des pistes de vérification.
Mais le Parlement doit également poser des questions difficiles : qui sélectionne l'expert technique soi-disant indépendant et qu'est-ce qui empêche un ministère de choisir quelqu'un qui est susceptible de favoriser un candidat particulier ?
Que se passe-t-il lorsque le candidat recommandé n’est pas nommé et pourquoi la vérification ne devrait-elle être effectuée qu’après une nomination ?
Ce sont des questions cruciales, car la professionnalisation ne peut pas simplement signifier créer davantage de procédures bureaucratiques. La valeur de ces procédures réside dans le moment où ces procédures comblent les lacunes en matière de structuration.
Nous devons préserver le mérite, non seulement lors des nominations, mais aussi, plus tard, dans l'exercice du jugement professionnel par ceux qui sont nommés.
Il en va de même pour la note consultative du CPS sur les groupes d'étude.
Même si les orientations concernant les groupes d’études politiques constituent un bon début, le véritable test réside dans leur mise en œuvre et dans la question de savoir si les ministres et les directeurs généraux traduisent les principes en règles institutionnelles claires, gèrent correctement les engagements extérieurs et protègent les fonctionnaires des pressions partisanes inappropriées.
Le Parlement, à son tour, doit vérifier si cela se produit.
En fin de compte, il ne s’agit pas de protéger les bureaucrates des politiciens, ni les politiciens des bureaucrates. Il s’agit de protéger le public. Le peuple sud-africain est en droit de s’attendre à un État dans lequel des dirigeants démocratiquement élus prennent des décisions et sont responsables devant elles, et dans lequel des fonctionnaires politiquement indépendants exécutent ces décisions.
Cela nécessite des personnes professionnelles exerçant une fonction publique, capables de donner des conseils honnêtes aux dirigeants politiques sans crainte ni faveur.
Cela nécessite un pare-feu entre l’appareil de l’État et celui des partis politiques. Se tromper signifie que les Sud-Africains subissent une défaillance dans l'eau qu'ils ne reçoivent pas ou dans les cliniques où leurs médicaments sont en rupture de stock.
Cependant, lorsque nous y parvenons, la professionnalisation devient quelque chose que les citoyens expérimentent dans l’excellence de l’État qui les sert.