Chaque mois de juin, l'Afrique du Sud rend hommage collectivement au courage et au sacrifice des jeunes qui ont manifesté en 1976 pour exiger la dignité, l'égalité et un avenir meilleur. Leurs actions ont changé la trajectoire de la nation et ont jeté les bases des libertés démocratiques dont nous jouissons aujourd’hui.
Pourtant, 50 ans après le soulèvement, une question pressante se pose à nous : quel est l’état de la jeunesse pour laquelle ils se sont battus ?
Le débat public sur la jeunesse se concentre souvent sur de graves problèmes : chômage, pauvreté, criminalité, toxicomanie et santé mentale. Pourtant, derrière les problèmes visibles se cache une crise plus discrète : la fragmentation des structures familiales et des systèmes de soutien communautaire qui guidaient autrefois les jeunes.
Il ne s’agit pas d’un appel nostalgique au retour à un passé romancé. Les familles ont évolué et ont pris différentes formes. Il s'agit plutôt de reconnaître qu'un environnement familial solide et solidaire demeure l'un des facteurs de protection les plus puissants dans la vie d'un jeune.
De nombreux jeunes Sud-Africains sont élevés dans des circonstances difficiles : foyers monoparentaux, soins par leurs grands-parents ou un frère ou une sœur, ou familles confrontées à la pauvreté, à la migration, au chômage, à la toxicomanie et à la violence sexiste. Les conditions mettent les soignants à rude épreuve et exposent les jeunes à de nombreuses pressions.
Les conséquences sont évidentes dans les communautés de tout le pays. Les taux de décrochage scolaire, la toxicomanie, les grossesses chez les adolescentes, la criminalité chez les jeunes et les problèmes croissants de santé mentale n’apparaissent pas isolément. Ce sont souvent les symptômes de conditions sociales plus larges qui laissent de nombreux jeunes déconnectés, sans soutien et incertains quant à leur avenir.
Il serait injuste et inexact de suggérer que la structure familiale détermine à elle seule les résultats. L’Afrique du Sud regorge d’histoires inspirantes de jeunes qui ont excellé malgré l’adversité. Beaucoup ont réussi parce qu’un enseignant a cru en eux, qu’une grand-mère s’est sacrifiée pour eux, qu’un entraîneur les a encadrés ou qu’un organisme communautaire leur a créé des opportunités.
Ces histoires nous rappellent une vérité importante : si les familles comptent, les communautés comptent aussi. La philosophie africaine d'Ubuntu nous enseigne qu'une personne devient une personne à travers les autres. Il reconnaît qu’élever un enfant ne relève pas uniquement de la responsabilité des parents mais de la société. Lorsque les familles sont en difficulté, les communautés doivent aller de l’avant. Lorsque les communautés s’affaiblissent, les institutions doivent réagir. Et lorsque les jeunes perdent espoir, les dirigeants doivent leur donner une direction.
Le Mois de la jeunesse offre donc l’occasion d’élargir notre compréhension du développement des jeunes. Les défis auxquels sont confrontés les jeunes ne peuvent être résolus uniquement par les programmes d’emploi, aussi importants soient-ils. Ils nécessitent également des investissements dans les services de soutien aux familles, les programmes parentaux, les interventions en santé mentale, le soutien éducatif, les centres de jeunesse, le développement du sport, les arts et la culture et les initiatives de mentorat communautaire.
Il est tout aussi important de renforcer les modèles de comportement positifs, en particulier parmi les hommes et les garçons. La lutte de l'Afrique du Sud contre la violence sexiste et l'instabilité sociale nécessite un engagement renouvelé en faveur d'une masculinité positive, d'une paternité responsable et de relations respectueuses. Les jeunes ont besoin d’exemples qui font preuve d’intégrité, de responsabilité, de compassion et de service envers les autres.
Alors que nous célébrons les jalons de la liberté franchis au cours des trois dernières décennies, nous devons nous rappeler que la liberté ne se mesure pas uniquement par les droits politiques. Elle se mesure également à la capacité des jeunes à rêver, à aspirer et à réaliser leur plein potentiel.
La génération de 1976 s’est battue pour l’accès à une éducation de qualité et à l’égalité des chances. La génération d'aujourd'hui cherche à accéder à l'emploi, aux compétences, à la sécurité, à l'appartenance et à l'espoir. Leurs aspirations sont différentes mais leur désir de dignité reste le même.
Si nous voulons sérieusement bâtir une Afrique du Sud prospère et inclusive, nous devons placer les jeunes au centre du développement national. Cela nécessite plus que des commémorations annuelles. Cela nécessite une action soutenue pour renforcer les familles, reconstruire les communautés et créer des voies vers la participation économique.
Le Mois de la jeunesse ne doit pas seulement nous rappeler d’où nous venons. Cela devrait nous inciter à réfléchir honnêtement à la direction que nous prenons.
L’avenir de l’Afrique du Sud ne sera pas déterminé uniquement par les documents politiques. Il sera façonné par les maisons que nous construisons, les communautés que nous renforçons, les valeurs que nous défendons et les opportunités que nous créons pour les jeunes.
C'est peut-être l'hommage le plus approprié que nous puissions rendre à la jeunesse de 1976 – non seulement en souvenir de leur lutte, mais en veillant à ce que la jeunesse d'aujourd'hui hérite d'une nation capable de tenir la promesse pour laquelle elle a tant sacrifié.