Le système de santé sud-africain est confronté à une contradiction qui devrait préoccuper tous les citoyens. Dans tout le pays, les hôpitaux et cliniques signalent une pénurie de médecins et de personnel de santé, en particulier dans les communautés rurales et mal desservies. Pourtant, dans le même temps, les médecins sud-africains qualifiés restent au chômage ou peinent à trouver un emploi dans le secteur de la santé publique.
Ce paradoxe soulève de sérieuses questions sur la planification des effectifs de santé, la gestion financière et les priorités gouvernementales.
Beaucoup de ces médecins ont été formés grâce à des programmes de bourses gouvernementaux financés par les contribuables. Dans de nombreux cas, ils sont contractuellement obligés de servir au sein du système de santé public après l’obtention de leur diplôme. Malgré cet investissement et cet engagement, beaucoup restent sans poste tandis que les établissements de santé continuent de fonctionner sous de fortes pressions en matière de personnel.
L’explication la plus souvent avancée est que les services de santé provinciaux sont confrontés à des contraintes budgétaires et ne peuvent pas créer ou pourvoir des postes médicaux supplémentaires. Même si les pressions budgétaires sont sans aucun doute réelles, les Sud-Africains sont en droit de se demander si ces contraintes sont uniquement le résultat de réalités économiques ou si des années de mauvaise gestion financière ont joué un rôle important.
Des rapports répétés faisant état de dépenses irrégulières, de dépenses inutiles, de pratiques d’approvisionnement douteuses et de corruption ont tourmenté certaines parties du système de santé public. Les milliards de rands qui auraient pu renforcer les services de santé de première ligne ont été perdus à cause de l’inefficacité, des litiges et d’une mauvaise gouvernance.
Les récentes allégations concernant des irrégularités en matière d'approvisionnement à l'hôpital de Tembisa ont encore intensifié les inquiétudes concernant la gestion des ressources de santé. De telles controverses renforcent l’impression du public selon laquelle l’argent destiné aux soins des patients et au personnel de santé est trop souvent détourné de son objectif prévu.
Chaque rand perdu à cause de la corruption ou du gaspillage a des conséquences. Il peut s'agir d'un médecin sans emploi, d'une infirmière non désignée, d'un équipement non acheté ou de patients attendant plus longtemps un traitement.
Dans le même temps, les récentes conclusions de l'Unité spéciale d'enquête concernant la corruption au sein du ministère de l'Intérieur ont révélé des faiblesses dans l'administration de l'immigration et des permis. Ces révélations ont souligné l’importance de processus de vérification rigoureux dans l’ensemble des institutions gouvernementales, y compris dans le secteur de la santé.
Ce n’est pas un argument contre les professionnels de santé étrangers. De nombreux médecins étrangers ont apporté de précieuses contributions aux soins de santé sud-africains, travaillant souvent dans des environnements difficiles et mal desservis. Leur travail mérite reconnaissance et respect. Le véritable problème est la responsabilité et la transparence.
Les Sud-Africains méritent l’assurance que tous les rendez-vous médicaux sont légaux, fondés sur le mérite et correctement vérifiés. Ils méritent d’avoir l’assurance que les qualifications sont authentiques, que les inscriptions professionnelles sont valides et que les exigences en matière d’immigration ont été pleinement respectées. Ils méritent également l’assurance que les processus de recrutement sont équitables et exempts de corruption, de favoritisme ou de défaillances administratives.
Plus important encore, l’Afrique du Sud doit disposer d’une stratégie cohérente pour employer les professionnels de santé dans lesquels elle a déjà investi dans la formation. Il est difficile de justifier l’investissement de fonds publics dans l’enseignement médical sans parvenir à intégrer des diplômés qualifiés dans un système de santé qui a désespérément besoin de leurs compétences.
Le défi devient encore plus important dans le contexte de l’assurance maladie nationale. Quelle que soit l'opinion de chacun sur le NHI, son succès dépendra d'un personnel de santé bien géré et doté d'un personnel adéquat. Sans remédier aux faiblesses actuelles de la gouvernance, au manque de personnel et aux inefficacités financières, les réformes ambitieuses des soins de santé auront du mal à atteindre les résultats escomptés.
Les Sud-Africains ont le droit de savoir combien de médecins qualifiés restent au chômage, combien de postes ont été gelés en raison de pressions budgétaires et quelle capacité de soins de santé a été perdue en raison du gaspillage des dépenses et de la corruption.
Il ne s’agit pas simplement d’une question de travail. C’est une question de santé, une question de gouvernance et, en fin de compte, une question de développement national. Un pays qui manque de médecins dans ses établissements publics ne devrait pas en même temps avoir des médecins qualifiés sans opportunités d’emploi. Résoudre cette contradiction devrait être l’une des plus hautes priorités du pays en matière de santé.
Alors que l’Afrique du Sud s’oriente vers la mise en œuvre d’une assurance maladie nationale, les décideurs politiques doivent répondre à une question simple mais fondamentale : le succès futur de l’assurance maladie nationale pourrait dépendre de la réponse.
Le Dr TD Thafeni est un médecin sud-africain et un entrepreneur du secteur de la santé qui s'intéresse à la politique de santé, à la planification des effectifs et au développement du système de santé.