Éditorial : L’ingérence politique nuira au PIC

La crise qui frappe la Société d’investissement public ne concerne plus un seul directeur général, président du conseil d’administration ou ministre. Il s’agit de savoir qui protège les plus de 3 000 milliards de rands qui appartiennent à des millions de Sud-Africains. La question est devenue incontournable.

La suspension préventive du directeur général du PIC, la démission de six administrateurs non exécutifs, les divulgations protégées au Parlement d'allégations d'ingérence politique et une enquête menée par la Financial Sector Conduct Authority ont plongé le plus grand gestionnaire d'actifs d'Afrique dans sa plus grave crise de gouvernance depuis la Commission Mpati.

Le PIC investit l’épargne-retraite des fonctionnaires. Les fonds n'appartiennent pas au gouvernement en place. Ils appartiennent à des personnes dont l’avenir dépend de décisions d’investissement prudentes et d’une gouvernance indépendante.

C’est pourquoi la Commission Mpati a appelé à des garanties de gouvernance plus fortes après avoir révélé des années d’échec institutionnel. Ses recommandations ne visaient pas simplement à corriger les erreurs du passé. Ils visaient à remodeler l'architecture de gouvernance du PIC afin qu'aucun membre du bureau, conseil d'administration ou exécutif ne puisse prendre de décisions sans contrôles et contrepoids efficaces. La crise donne à penser que l’équilibre n’est toujours pas résolu.

Les ministres doivent être capables de demander des comptes aux institutions publiques. Les conseils d’administration ont cependant des obligations fiduciaires qui ne peuvent être exercées que lorsqu’elles correspondent aux souhaits de l’actionnaire. Si les administrateurs ne sont pas en mesure d’agir de manière indépendante, l’objectif d’un conseil indépendant s’en trouve diminué.

De même, l’indépendance ne peut pas devenir un bouclier contre la responsabilité. Les institutions publiques chargées de milliards de rands doivent rester soumises à une surveillance rigoureuse, à un processus décisionnel transparent et à un examen minutieux. Le défi consiste à garantir que le contrôle renforce la gouvernance plutôt que de la miner.

Aucun de ces éléments ne signifie que les conseils d’administration ne devraient pas échapper à tout examen minutieux. La responsabilité doit être fondée sur des preuves, une procédure régulière et des conclusions transparentes plutôt que sur l’apparence d’une action décisive. La confiance dans les institutions publiques repose non seulement sur les résultats, mais également sur l’équité et la crédibilité des processus qui les produisent.

L’Afrique du Sud a vu trop d’institutions publiques affaiblies par l’instabilité, des changements brusques de leadership et des batailles de gouvernance qui les détournent de leur mandat principal. Le PIC ne peut pas devenir un autre exemple.

Ce moment devrait donc être mis à profit pour achever les réformes de gouvernance envisagées par la Commission Mpati plutôt que de rouvrir d’anciennes lignes de fracture. Un conseil d’administration plus fort, des lignes de responsabilité plus claires et une plus grande indépendance institutionnelle ne sont pas des objectifs concurrents. Ils se renforcent mutuellement.

Les individus au centre du conflit finiront par changer. L’architecture de gouvernance qu’ils laissent perdurera. C'est sur ce point que l'attention du pays doit rester.