Les rebelles du M23 se sont emparés mercredi d'Uvira, dans la province du Sud-Kivu en RDC. Photo : Wikipédia
Les rebelles du M23 se sont emparés mercredi d'Uvira, dans la province du Sud-Kivu, une ville stratégique de l'est de la République démocratique du Congo qui servait de principal bastion aux forces de la coalition gouvernementale depuis la chute de Bukavu en février.
Les troupes du M23 sont entrées dans la ville de 600 000 habitants sans résistance de la part de l'armée congolaise, qui continue de mettre en œuvre ce qu'elle qualifie de « retraites stratégiques ».
Le M23 a avancé en file indienne vers la frontière avec le Burundi. La prise d'Uvira était le point culminant d'une offensive lancée dix jours auparavant.
Dans leurs communiqués quotidiens, les rebelles ont fréquemment affirmé que Kinshasa avait intensifié ses bombardements de zones « densément peuplées » à l’aide d’avions de combat et de drones, et qu’elle employait des mercenaires étrangers et l’armée burundaise sur plusieurs fronts pour tenter de reconquérir le territoire occupé par le M23, malgré la signature d’un cessez-le-feu à Doha, au Qatar, le 15 novembre.
La prise d'Uvira était une « libération » des communautés tutsi des abus présumés du gouvernement, a déclaré le porte-parole du M23, Lawrence Kanyuka.
Vendredi dernier, un collectif de Banyamulenge (Tutsi congolais) du Sud-Kivu a déposé une plainte auprès de la Cour de justice de l'Afrique de l'Est, accusant le gouvernement burundais d'avoir assiégé, bombardé, tué et bloqué la communauté Banyamulenge à Minembwe, au Sud-Kivu.
Le porte-parole de l'armée burundaise a reconnu le siège dans une interview à la BBC, ajoutant que toutes les communautés de Minembwe, à l'exception des Banyamulenge, étaient autorisées à se déplacer librement.
La chute d'Uvira, située à seulement 20 km de la capitale commerciale Bujumbura, représente un revers important pour le gouvernement burundais. Le pays compte plus de 20 000 soldats déployés sur différentes lignes de front contre le M23 et considère le Sud-Kivu comme sa zone d'influence.
Le gouvernement considère la prise d’Uvira comme une menace directe, la coupant effectivement du reste du territoire de la RDC. Cette nouvelle réalité obligera probablement le Burundi à réévaluer ses relations avec Kinshasa.
Premièrement, la prise d’Uvira signifie que le Burundi partage désormais une frontière avec une zone contrôlée par le M23, augmentant ainsi le risque de conflit transfrontalier. Deuxièmement, le Burundi est aux prises avec une grave crise économique qui a laissé le pays sans produits de première nécessité, notamment en carburant. Uvira était une source majeure de carburant pour le capital et les produits alimentaires du Burundi.
Alors que le Burundi a fermé sa frontière pour l'instant, même si elle la rouvre, une fermeture réciproque de la part des rebelles du M23 de leur côté provoquerait des pénuries chroniques prolongées pour le Burundi. La frontière d'Uvira est cruciale pour la stabilité politique et économique de Bujumbura, en particulier depuis que le Burundi a fermé sa frontière avec le Rwanda il y a des années et que son autre voisin, la Tanzanie, est confronté à des défis politiques internes qui ont un impact sur l'importation de marchandises.
Simultanément, la RDC doit concevoir une nouvelle stratégie de guerre, car la coalition utilise l'aéroport international du Burundi pour acheminer des renforts et des munitions vers les fronts de l'Est et pour baser ses attaques de drones et d'avions de chasse. L'aéroport est désormais à portée de l'artillerie à longue portée du M23 et d'éventuels dispositifs de brouillage des fréquences aériennes – un outil que les rebelles ont déjà été accusés d'utiliser au Nord-Kivu.
La chute d'Uvira ouvre également une voie vers le sud de la RDC, vers le Grand Katanga, la puissance économique du pays, riche en mines de cuivre et de cobalt. Le M23 a déjà déclaré son ambition de s'emparer du Katanga, où la famille du président Félix Tshisekedi contrôle d'importants sites miniers.
Si le M23 parvient à s’emparer du Katanga, cela changerait la donne dans le conflit. Le Katanga contribue à 80 % des revenus miniers totaux de la RDC, et sa perte rendrait Kinshasa vulnérable. En prévision, le gouvernement de la RDC augmente la présence de ses troupes à Kalemie, dans le Grand Katanga.
Jusqu’à présent, la solution militaire à ce conflit a favorisé le M23 par rapport aux forces de la RDC. Toutefois, l'état actuel de la guerre suggère que l'objectif ultime des rebelles, à savoir atteindre Kinshasa, reste lointain.
Dans le même temps, alors que la vache à lait économique de Kinshasa est désormais menacée et à portée de main, le gouvernement pourrait enfin prendre le processus de paix de Doha au sérieux.