La Journée Mandela devrait être mesurée par les opportunités créées et non par les minutes servies

Chaque année, à l'occasion de la Journée Nelson Mandela, les Sud-Africains sont encouragés à consacrer 67 minutes à des actes de service en l'honneur de l'engagement de toute une vie de Nelson Mandela envers l'humanité. Partout au pays, des couvertures sont données, des soupes populaires sont créées et des écoles sont repeintes. Ces actes comptent. Ils reflètent notre compassion et nous rappellent que chacun de nous a un rôle à jouer dans la construction d’une société meilleure.

Pourtant, si l’héritage de Mandela doit rester pertinent face aux défis de notre époque, il est peut-être temps de poser une question plus difficile : à quoi ressemble un service significatif dans un pays où des millions de jeunes ne trouvent pas de travail ?

Le plus grand défi social de l’Afrique du Sud n’est pas simplement la pauvreté ou les inégalités. C’est l’exclusion d’une génération entière de la participation économique. Selon Statistics South Africa, le chômage chez les jeunes âgés de 15 à 24 ans s'élevait à 60,9 % au premier trimestre 2026, tandis que le chômage chez les 25 à 34 ans atteignait 40,6 %. Derrière ces statistiques se cachent des millions de jeunes Sud-Africains dont les aspirations ont été retardées, non pas parce qu'ils manquent de talent ou d'ambition, mais parce qu'on leur a refusé des opportunités.

Pour de nombreux employeurs, l’expérience est devenue la monnaie de l’employabilité. Les offres d'emploi exigent généralement que les candidats possèdent un ou deux ans d'expérience professionnelle, même pour les postes de débutant. Le résultat est un paradoxe devenu douloureusement familier à de nombreux diplômés et demandeurs d’emploi : ils ne peuvent pas obtenir d’emploi parce qu’ils manquent d’expérience, mais ils ne peuvent pas acquérir d’expérience parce que personne n’est prêt à les employer.

Le piège de l’expérience est devenu l’un des obstacles les plus persistants à l’emploi des jeunes. Elle touche de manière disproportionnée les jeunes issus de communautés défavorisées qui n’ont souvent pas accès aux réseaux professionnels, au mentorat et aux voies informelles d’accès au marché du travail. Pour eux, le chômage n’est pas simplement l’absence d’emplois ; c'est l'absence d'opportunité.

La recherche montre systématiquement qu’un apprentissage structuré en milieu de travail améliore les résultats en matière d’emploi. L'Organisation internationale du Travail a constaté que les stages, les apprentissages et les programmes d'apprentissage en milieu de travail améliorent considérablement la transition des jeunes vers l'emploi en leur permettant de développer des compétences pratiques, une confiance professionnelle et des réseaux industriels. De même, des recherches sud-africaines ont mis en évidence l’expérience professionnelle comme l’un des meilleurs indicateurs d’une entrée réussie sur le marché du travail chez les diplômés.

C'est pourquoi les programmes de stages méritent une plus grande reconnaissance en tant qu'intervention de développement national plutôt que d'être considérés comme de simples initiatives de recrutement de diplômés.

Un stage fait plus que fournir un emploi temporaire. Il présente aux jeunes des environnements professionnels, développe des compétences techniques et comportementales, les expose à la culture organisationnelle et renforce la confiance nécessaire pour naviguer dans le lieu de travail moderne. Il permet aux employeurs d'investir dans les futurs talents tout en renforçant le vivier de compétences de l'Afrique du Sud.

Bien entendu, les stages ne résoudront pas à eux seuls le chômage des jeunes. La croissance économique durable, la certitude politique, l’investissement et l’entrepreneuriat restent essentiels à la création d’emplois à l’échelle requise par le pays. Cependant, attendre que les conditions macroéconomiques s’améliorent seules risque de laisser une autre génération de côté.

Les entreprises ont la capacité et la responsabilité d’agir.

Chaque stage créé représente une opportunité là où il n’en existait aucune auparavant. Chaque jeune qui acquiert une expérience professionnelle devient plus employable, plus productif et mieux équipé pour contribuer à l’économie. Il est important de noter que les programmes de stages démontrent que le secteur privé peut aller au-delà du chômage des jeunes et s’attaquer activement à ce problème.

Nelson Mandela nous a souvent rappelé que la liberté sans opportunités est incomplète. La libération politique a jeté les bases de la démocratie, mais la participation économique reste l’affaire inachevée de notre génération. Si les jeunes Sud-Africains continuent d’être exclus de l’économie, la promesse de la démocratie ne pourra pas se réaliser pleinement.

La manière la plus appropriée de commémorer la Journée Nelson Mandela n’est donc peut-être pas simplement par 67 minutes de service, mais par des opportunités qui durent longtemps après la fin de la journée.