On dit à chaque génération qu’elle héritera de l’avenir. Pour la jeunesse sud-africaine, cette déclaration est à la fois porteuse de promesses et de pression. Nous sommes souvent décrits comme la génération « née libre », les « futurs dirigeants » et « l’espoir de la nation ».
Pourtant, 50 ans après le soulèvement de Soweto en 1976, de nombreux jeunes se retrouvent aux limites de systèmes qu’ils sont censés réparer mais qu’ils sont rarement invités à façonner.
En cette Journée de la Jeunesse, le 16 juin, et du Mois de la Jeunesse, sous le thème « RESET@50 : Les appels du futur », il nous est demandé d'imaginer comment les jeunes peuvent contribuer à remodeler l'avenir de l'Afrique du Sud. Mais avant de pouvoir réinitialiser quoi que ce soit de manière significative, nous devons faire face à une vérité difficile : on ne peut pas demander à une génération de reconstruire une maison dans laquelle elle n’est pas autorisée à entrer.
Pour de nombreux jeunes Sud-Africains, l’expérience de la jeunesse n’est pas définie par la liberté ou les opportunités mais par l’incertitude. Le chômage reste obstinément élevé, notamment parmi les jeunes. Une éducation de qualité est inégalement répartie. Le soutien en matière de santé mentale est limité et souvent inaccessible.
Au-delà des statistiques se trouve une réalité quotidienne : des jeunes capables, créatifs et engagés, mais structurellement empêchés de participer à l’économie, à la politique et même aux espaces civiques.
Le problème n’est pas un manque d’ambition. C'est un manque d'accès.
Nous parlons souvent de l’autonomisation des jeunes comme s’il s’agissait d’un exercice de motivation. Des ateliers sont organisés, des campagnes sont lancées et des discours sont prononcés sur la résilience et le leadership. Même si les espaces ont de la valeur, ils ne suffisent pas. L’autonomisation sans changement structurel devient performance. Cela donne aux jeunes la responsabilité de « faire plus d’efforts » dans des systèmes qui restent inchangés.
Une véritable réinitialisation nécessite quelque chose de plus profond : une redistribution des opportunités, une confiance dans le leadership des jeunes et une volonté de transférer le pouvoir. L’héritage de 1976 n’est pas seulement un héritage de résistance mais aussi de conscience politique. À l’époque, les jeunes n’étaient pas des victimes passives de leur situation ; c'étaient des agents actifs qui comprenaient que l'éducation, la langue et la politique étaient profondément politiques. Leur courage nous rappelle que la participation des jeunes n’est pas symbolique. C’est transformateur quand c’est pris au sérieux.
Pourtant, aujourd’hui, la participation des jeunes se réduit souvent à une consultation sans conséquence. Les jeunes sont invités dans les espaces où les décisions ont été prises. Leurs voix sont entendues mais pas toujours mises en œuvre. Cela crée un décalage croissant entre l’engagement et l’influence des jeunes.
Si l’Afrique du Sud veut sérieusement repenser son avenir, alors les jeunes doivent être positionnés non pas comme des bénéficiaires du développement mais comme des co-auteurs de celui-ci. Cela signifie plus que la représentation. Cela signifie un pouvoir de décision dans les institutions qui façonnent l’éducation, l’économie, la politique climatique, la technologie et la gouvernance. Cela signifie également repenser la façon dont nous définissons la « contribution des jeunes ».
Tous les jeunes ne dirigeront pas une organisation ou ne prendront pas la parole sur une plateforme. Beaucoup contribuent de manière moins visible : en soutenant les familles, en créant de petites entreprises, en créant de l’innovation numérique, en s’organisant au sein des communautés et en soutenant les réseaux de soins là où l’État a échoué. Ces formes de travail sont souvent négligées, alors qu’elles sont essentielles au fonctionnement de la société.
Une réinitialisation doit donc également être un acte de reconnaissance.
Mais la reconnaissance seule ne suffit pas. Les jeunes ont besoin d’un soutien matériel pour transformer leur potentiel en impact. Cela comprend un financement accessible pour les initiatives menées par les jeunes, un accès équitable aux marchés du travail et des systèmes éducatifs qui préparent les apprenants non seulement à réussir les examens, mais aussi à participer de manière significative à la société. Cela exige également que les secteurs public et privé aillent au-delà du symbolisme et investissent activement dans les filières de leadership des jeunes.
Dans le même temps, les jeunes eux-mêmes ne sont pas exonérés de leur responsabilité.
Une réinitialisation n’est pas seulement quelque chose de fait pour les jeunes, mais aussi quelque chose de fait par eux. Cela nécessite une action collective, un engagement civique et le refus de se désengager face à la frustration. Cela exige de l’imagination : la capacité de penser au-delà des systèmes hérités et de proposer des alternatives plus justes, inclusives et durables.
L'Afrique du Sud ne manque pas de problèmes. Il manque de confiance entre les générations et les institutions. Reconstruire la confiance est au cœur de toute réinitialisation significative. Il faut confier aux jeunes une réelle responsabilité et les institutions doivent être tenues pour responsables lorsqu’elles ne parviennent pas à assurer l’inclusion.
En réfléchissant aux 50 ans écoulés depuis 1976, nous nous rappelons que les mouvements de jeunesse ont toujours été des catalyseurs de changement. Mais ils ont été efficaces non pas parce qu’on parlait des jeunes, mais parce qu’ils étaient entendus, organisés et pris au sérieux en tant qu’acteurs politiques. L’avenir n’est pas quelque chose qui arrive simplement. C’est quelque chose qui se négocie, se construit et se conteste.
Si nous voulons sérieusement réinitialiser l’Afrique du Sud, nous devons alors aller au-delà de la rhétorique et nous diriger vers une véritable inclusion. L’avenir nous appelle. Mais les jeunes ne peuvent pas y répondre seuls, en marge. Il faut leur donner une place à la table où cet avenir est conçu.
Ce n’est qu’à ce moment-là que « RESET@50 » pourra devenir plus qu’un slogan. Cela peut devenir un tournant.